Rester l’auteure de ses liens : une carte de l’IA faite à la main

Ce post de Clotilde Vaissaire -Agard «Évolution des métiers de l’information- documentation dans le contexte de l’IA» réunit deux choses qui me tiennent à cœur : l’IA et la vision pour penser. J’ai donc contacté Clotilde. Comment donne-t-elle forme à ses images mentales sur l’IA, avec le mind mapping, alors qu’elle est par ailleurs une grande utilisatrice de Claude et de ChatGPT ? Voici ce qu’elle m’a confié.

Clotilde , peux-tu te présenter en quelques mots ?

Après une double formation en informatique et gestion de l’information, j’ai eu une carrière autour des métiers du Livre et de la donnée. Au fil du temps, j’ai été archiviste, documentaliste, chargée de veille et bibliothécaire. En 1999, j’ai créé mon entreprise CF2ID où j’ai commencé à faire du conseil et de la formation pour les bibliothèques, les musées, les archives et les centres de documentation. L’activité de préparation au concours des bibliothèques et des archives est rapidement venue renforcer cette offre. Nous avons également créé la maison d’édition KLOG qui a publié en 15 ans plus de 60 titres dédiés à ces domaines.

J’ai vu se succéder le Web 2.0, les réseaux sociaux ainsi que les outils les CMS, l’évolution des logiciels de gestion documentaire. Et puis évidemment l’IA qui pour le monde de l’info-doc ne date pas de l’apparition de l’IA générative ! En 2026 l’IA représente 90 % de nos formations.

IA ou pas , je me suis toujours formée, soit en auto-formation, soit en suivant des stages. La formation tout au long de la vie, pour moi, ce n’est pas juste un mot, c’est vraiment quelque chose que je pratique encore et encore.

Et la pensée visuelle dans tout ça ?

Avec la pensée visuelle, c’est pareil ! Quand j’étais étudiante en prépa, au mitan des années 80, j’ai eu un prof1 qui nous a appris à faire des schémas heuristiques pour préciser notre pensée, faire des brouillons, des dissertations.

Donc la pensée visuelle, ça m’a toujours parlé parce que j’ai toujours aimé exprimer les choses par des dessins, non pas dessiner des choses abstraites mais faire des schémas m’a toujours paru plus intéressant que de rédiger des pages et des pages, Bref, j’ai toujours pensé qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours.

Quand j’ai vu arriver les premiers outils numériques de mind mapping, j’ai été fascinée parce que avec le papier-crayon, il faut avoir une gomme quand on veut changer les flèches. Ca devient vite brouillon alors qu’avec les outils numériques, on peut réorganiser ses bulles. Et puis après sont arrivés le sketchnoting, les posters… J’ai vraiment intégré ça dans ma pratique en mettant en place une formation avec la CCI de Rouen «développer des produits documentaires avec le mind mapping».

« J’utilise systématiquement le mind mapping en début de projet (livre, formation…) car il permet de poser sa pensée »

On parlait de formation tout à l’heure, j’ai eu la chance de suivre celle de Philippe Boukobza d’ Outils Visuels qui était vraiment très bien et très plaisante. D’ailleurs je continue à utiliser mes crayons de couleurs !

Venons en maintenant à ta carte Mindomo sur l’IA et le monde de l’info-doc

Cette carte a une histoire. Au départ, elle est partie d’une conférence que j’ai faite pour l’association Ascodocpsy. J’avais fait une mindmap simplement pour définir le sommaire de ma conférence et puis finalement petit à petit je l’ai enrichie pour moi. De fil en aiguille c’est devenu une carte qui me donne une vision globale sur le sujet dans laquelle je vais piocher. Si je fais plus une formation sur les usages métiers, je vais aller piocher là. Si je fais plus une formation sur les points de vigilance juridiques, je vais aller piocher dans cette branche-là, etc. Pour moi c’est important de mettre à disposition de la communauté cette carte systémique support de ma vision globale du sujet.

Au quotidien, pour moi et le travail, j’ai conservé iThoughts. J’ai basculé ma carte sur Mindomo tout simplement parce qu’il permet de partager en ligne une mind map sans prendre d’abonnement et de l’intégrer facilement sur mon blog. Il est également interactif ce qui le rend manipulable par tous. Les branches et sous branches sont très faciles à déplier et les liens hypertextes sont très pratiques.

Comment gères-tu les mises à jour ?

Ce n’est pas simple de répondre à cette question, parce qu’en fait, je suis constamment en veille. J’ai un agrégateur de fils RSS, je lis des articles, je vais sur les réseaux sociaux, je regarde LinkedIn, j’écoute des podcasts. Je fais très régulièrement des formations, donc je me mets à jour… En tant que formatrice, je suis des formations moi-même. Je me suis formée aux outils de Claude, avec leurs ressources de formation gratuits qui sont très bien.

«ça s’agrège et ça se construit dans ma tête. De temps en temps je ressens le besoin «d’un arrêt au stand» de retourner à ma carte»

Dans certains cas, il y a simplement des informations nouvelles à ajouter. Mais parfois, en regardant la structure de ma carte, je me dis qu’elle ne correspond plus à ma manière de penser. C’est pour ça que j’ai fait une refonte totale. Avant, j’avais une seule branche « limites et risques » où tout était rangé pêle-mêle : les biais, la propriété intellectuelle, l’environnement. Le sujet a tellement évolué que j’ai eu besoin de tout restructurer.

«J’utilise beaucoup les outils d’IA, mais là je ne peux pas utiliser des outils comme l’IA agentique, parce que je n’aime pas que l’outil pense à ma place. Ce qui m’intéresse, c’est d’utiliser de vrais liens issus de mes réflexions, augmentés avec la pensée visuelle.»

Ceci dit ce que j’ai fait de nouveau avec cette mise à jour, c’est que j’ai fait examiner la carte par Claude. Je lui ai demandé quelles étaient, à son avis, les choses à mettre à jour, les choses qui s’étaient passées depuis la dernière fois, les faiblesses, les défauts, etc. Et en fait, on a travaillé à deux, entre guillemets.

A vue de nez, je dirais que j’ai pris en compte la moitié des remarques . Ca ne veut pas dire que j’ai forcément fait exactement ce qu’il disait, mais en tout cas, je me suis interrogée à partir de ce qu’il disait et j’ai regardé comment j’allais adapter ou pas. La remarque la plus pertinente avec laquelle j’étais tout à fait d’accord, c’était que ma carte précédente, au niveau des outils était à revoir en profondeur. J’avais listé les outils au départ , un par un. Devant l’abondance des nouveautés, Claude m’a conseillé de les lister par thématique.


Clotilde ne cherche pas la vitesse : elle cherche à rester l’auteure de ses liens. Déléguer la mise en relation des idées, c’est déléguer le geste même de penser. L’IA examine sa carte, la questionne, la bouscule ; elle ne la pense pas à sa place. Le gain n’est pas dans le temps épargné, il est dans le tri qu’elle opère, remarque par remarque.

J’aime beaucoup l’idée de la mise à jour par version et pas en continu . Cet historique donnera du contexte aux futurs historiens des technologies intellectuelles qui seront probablement perplexes devant la séquence IA que nous sommes en train de vivre.

  1. Ce pédagogue était un précurseur car à l’époque le mind mapping était peu connu en France. Nous sommes quelques-uns à l’avoir relancé au début dans les années 2000 notamment lors du colloque Carto 2.0 ↩︎

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Ce blog est à la fois un cabinet de curiosités et un outil de veille, avec 2 terrains d’observations privilégiés : l’IA générative et les théories du complot.